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Les Raisins de la colère - la critique + le test blu-ray

Reprise salle HD. le 20 avril 2016

L’adaptation de Steinbeck par John Ford, un modèle de cinéma et une source d’inspiration inépuisable.

L’argument : Tom Joad rentre à la ferme familiale après avoir purgé une peine de 4 ans de prison pour homicide involontaire. La Grande Dépression sévit alors et comme beaucoup d’autres fermiers, sa famille est chassée de son exploitation. Ensemble, ils partent pour un périple éprouvant à travers le pays dans l’espoir de trouver, un jour, du travail en Californie. Ils survivent de camps de réfugiés en bidonvilles de fortune. La résistance à l’oppression commence, Tom devient rapidement un véritable chef de file.

Notre avis : Grâce à l’impulsion du nabab Darryl F. Zanuck et de la Twentieth Century Fox, le seul studio prêt à s’attaquer à une oeuvre littéraire que l’on disait de propagande Rouge, John Ford, cinéaste costaud sans peur et sans reproche, se retrouvait aux commandes de l’adaptation du plus gros roman américain contemporain, The Grapes of Wrath de John Steinbeck, publié moins de deux ans avant la mise en chantier du film. Le résultat reste 70 ans après sa sortie, un pur modèle de cinéma.
Cette oeuvre naturaliste ancrée dans la poussière d’une Amérique ravagée par la crise économique de 1929 et scindée entre ses points cardinaux, rencontre un écho énorme auprès du public qui garde au coeur de chaque famille les stigmates du krach boursier qui a ruiné le pays, poussé certains aux suicides et déplacé des populations d’agriculteurs sur les routes, en direction de l’Ouest, jusque dans des camps californiens où on les parquait comme du bétail. Une faillite de l’état qui révélait le nouveau visage du système bancaire et dont Steinbeck le rebelle montrait les rouages monstrueux. Il n’était donc pas évident pour Hollywood, temple de l’or et de l’argent, d’abord de réussir la prouesse de satisfaire un auteur méfiant à son égard, et ensuite d’adapter une oeuvre sur la justice sociale, qui appelait à la manifestation et à la révolte contre le sacro-saint système, et qui donc faisait état d’une philosophie contraire à celle ultra libérale du pays.

L’oeuvre de Steinbeck et son franc-parler populaire (légèrement censuré pour le film), s’impose naturellement à l’écran, grâce à des comédiens impliqués, dont Henry Fonda qui dut signer un contrat de 7 ans avec la Fox pour pouvoir acquérir le rôle principal de Tom Joad. La gouaille de chacun, surtout dans la version originale qu’il faudra favoriser, emplit chaque personnage d’une identité universelle. Le verbe maladroit, ils sont unis dans des valeurs et des interrogations par rapport aux dérapages d’une nation qui les réduit au statut d’étranger ou de parasite, alors qu’on leur refuse désormais le droit à une terre, un héritage et donc à un patrimoine. Ils sont niés dans leur passé qu’ils doivent brûler et dans leur avenir sur lequel ils doivent s’asseoir.
Si le film réussit à donner du poids aux mots et aux accents, il retrouve aussi toute l’intensité picturale du roman. Les Raisins de la colère est une oeuvre tempétueuse où l’atavisme est profond ; à l’écran le cadre tantôt crépusculaire ou aride accable toujours plus ces destinées qui n’ont pas assez de deux épaules pour porter pareil malheur. John Ford choisit des toiles peintes d’une force poétique puissante pour servir d’arrière-plan à l’incrustation des personnages en errance, tels les fantômes d’une Amérique mythique qui n’est plus et où désormais seules la désespérance, la faim et la misère prospèrent.

Le personnage de Tom Joad, en liberté conditionnelle, sort de prison pour découvrir incrédule un monde ancien qui tend à disparaître, alors que gronde sous bien des aspects la tentation d’une guerre civile. Il perpétue un voyage sous un ciel plombé par des nuages dont la présence au loin vibre comme le présage d’une fin certaine. Il foule un sol américain, jadis plein d’espoir quand il s’agissait de conquérir le grand Ouest, mais qui, désormais, fait de ses occupants ruinés des parias méprisables qu’il faut sacrifier sur l’autel d’une reconstruction économique.
Le film, à travers cette magnificence visuelle conserve tout le pessimisme du roman, même si la fin a été écourtée pour ne pas choquer le public de l’époque. la famille transbahutée sur les routes, exploitée et rudoyée, suit un lent processus de destruction, alors que l’honnêteté de ses valeurs, vient contredire les promesses d’opportunités pour les braves promises par la constitution. Sans repère, et désormais sans attache, la famille de Tom Joad est malmenée, des aïeux aux plus jeunes, en passant par la soeur enceinte dont l’enfant semble condamné dans une société incapable de répartir les profits et où l’on stigmatise et nie le droit à la dignité aux plus humbles. Un monde où même le pasteur a ouvert les yeux et jeté l’éponge du divin préférant jouer au guide spirituel politique, à forte tendance syndicaliste. Le discours était osé dans le bouquin, il demeure tout aussi subversif à l’écran, où il épouse les formes du reportage réaliste sur cette crise, démontrant les manipulations subies par les ouvriers d’une semaine, main d’oeuvre indispensable mais dont on disposait à volonté et dont on cassait les grèves à grand renfort de sales coups.

Cet étrange film de studio, atypique et peu orthodoxe dans son sous-texte, est évidemment plus que jamais d’actualité. Steinbeck visionnaire. Cela ne fait aucun doute. Ce (mélo)drame orienté vers la tragédie des classes fait toujours froid dans le dos avec ses images de camps de concentration, de répression sociale, de misère profonde qui ronge l’estomac des enfants. Et surtout ce portrait d’une Amérique des nécessiteux contre lesquels tout un pays se retourne, même s’ils n’étaient en rien responsable de la faillite collective, affirme l’incroyable fragilité des démocraties où chacun peut demain, par aveuglement ou par refoulement de sa propre conscience, basculer dans l’irrationnel. On appelle cela l’instinct de survie. Et il a rarement été aussi bouleversant que dans cette oeuvre intemporelle.

Une édition de qualité qui conserve tout le noir et blanc de l’époque quand la jaquette couleur laisserait croire à une version colorisée !

Les suppléments :

Le Blu-ray, bénéficiant d’un packaging luxueux, contient un livret exclusif ainsi qu’un documentaire de la Fox de 24mn qui relate l’histoire de ce projet hors norme. Une belle remise en contexte.

L’image :

Beau nettoyage des impuretés qui caractérisaient les précédentes copies du film. Ici, c’est toute la beauté des cadrages et des décors qui ressort grandie. On y gagne une certaine profondeur de champ qui confirme tout le talent de composition de John Ford, qui disposait de gros moyens pour mettre en place les camps de miséreux et les caravanes de voitures en exil.

Le son :

On évitera la mono française plutôt nasillarde dont le label DTS sert de poudre aux yeux, et l’on favorisera la version originale éminemment plus harmonieuse. Le son mono en VO DTS est clair et harmonieux, nous permettant de dire que le film n’a pas pris une ride !

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